Pour un Tibet libre
Départ de la "Marche de retour au Tibet"
Ce 10 mars, à Mac Leod Ganj (près de Dharamsala en Inde), plus que jamais les réfugiés tibétains se sont mobilisés pour le 49e anniversaire du soulèvement pacifique du peuple tibétain à Lhassa le 10 mars 1959 et pour le départ de la "Marche de retour au Tibet" organisée par des associations basées à Dharamsala (dont le Congrès de la jeunesse tibétaine).
Il y a urgence. A quelques mois des Jeux Olympiques de Pékin et alors que la Chine poursuit ses violations des droits de l'homme (quoiqu'en disent les USA) et sa destruction d'une culture millénaire, les Tibétains saisissent cette ultime occasion de faire entendre leur voix. Le monde restera-t-il sourd à cette juste cause ? Celle d'un peuple qui n'aspire qu'à vivre dans son pays, à pratiquer sa religion (le bouddhisme), à voir les siens libres ?
Dechen qui est restée à Dharamsala m'a envoyé des photos. Elle raconte que ce rassemblement "était très fort. Le Dalaï Lama, le Karmapa, Sakya Trinzin, les plus grands maîtres des principales écoles du bouddhisme étaient là réunis dans le temple du Dalaï Lama. Ils sont tous venus soutenir ce mouvement pour la liberté et la paix au Tibet, ce jour de la commémoration du soulèvement pacifique à Lhassa en 1959.
La grande cour était pleine à craquer, il y avait beaucoup de monde à l'extérieur, des centaines de moines, des laïcs, des étudiants. Après les discours du Dalaï Lama, de maîtres et nmême d'une délégation italienne d'un parti du gouvernement, le chant national a été entonné. Ce jour-là, le chant national a pris tout son sens patriotique, au sens noble du terme, et a soulevé les âmes et les coeurs de la foule unie dans sa puissante aspiration à retrouver sa liberté sociale, culturelle, religieuse et politique, à préserver sa culture, son identité et à retourner vivre dans son pays.Puis, les volontaires pour cette marche vers/pour la liberté sont partis . Des volontaires qui offrent plusieurs mois de leur vie pour libérer leur pays, leur peuple, leurs frères et soeurs de l'oppression, du génocide humain et culturel qu'ils subissent depuis 50 ans, d'une colonisation sauvage et violente, de la dictature, de l'apartheid et d'une destruction culturelle et environnementale certaine si rien ne change radicalement très rapidement.
Je pense qu'ils étaient une centaine. Des hommes uniquement ; la moitié ou plus de moines. Ils ont avancé, les uns derrière les autres, les visages très graves, tendus. Ils ont été suivis par des centaines de moines, de nones, des milliers de laïcs et d'étudiants. Au début, il y avait tant d'émotion que des gens avaient les larmes aux yeux et la gorge trop nouée pour scander des slogans. Puis, une fois la marche partie, c'était très fort, très intense. Cette fois, ils ont laissé éclater leur rage, leurs espoirs, leur soif de liberté, de justice et de vie. Des milliers de personnes criaient des slogans, brandissaients des centaines de drapeaux du Tibet.
"What do we want ?" criait une personne. Et tout le monde répondait : "We want freedom", "We want justice", "They are butcher", "They are killer", "They are liers", "Long life to the Dalaï Lama" .
Les cris et les slogans d'encouragement de la foule se noyaient vite dans l'émotion trop forte, contenue, face à la gravité de la situation et des risques encourus par les marcheurs. Terribles échos aux immenses souffrances, tortures physiques et mentales, assassinats subis par des milliers de Tibétains. Autant de plaies ouvertes dans le coeur et l'esprit de chacun. Une réalité trop présente et douloureuse pour réussir à retenir ses sanglots et larmes. Ce silence lourd qui a parcouru la foule exprime aussi une lucidité extrême des risques encourus et des enjeux de cette marche vers la liberté.
Pendant près de deux heures, la foule a descendu la colline sur laquelle est perchée le monastère du Dalaï Lama jusqu'à la vallée de Dharamsala. Des occidentaux se sont joint aux Tibétains pour apporter leur soutien à la liberté des opprimés et exilés. Après une pause et plusieurs discours de Tibétains, Indiens, Occidentaux, les marcheurs ont continué leur chemin, seuls. La foule est rentrée lentement, triste, avec l'amertume des espoirs frustrés...."
Pendant près de deux heures, la foule a descendu la colline sur laquelle est perchée le monastère du Dalaï Lama jusqu'à la vallée de Dharamsala. Des occidentaux se sont joint aux Tibétains pour apporter leur soutien à la liberté des opprimés et exilés. Après une pause et plusieurs discours de Tibétains, Indiens, Occidentaux, les marcheurs ont continué leur chemin, seuls. La foule est rentrée lentement, triste, avec l'amertume des espoirs frustrés...."
Ces marcheurs vont traverser l'Inde depuis l'Himachal Pradesh, en passant par le Bihar, avant d'arriver à la frontière indo-tibétaine. Volontairement, l'itinéraire n'a pas été planifié dans le détail. Après de longs mois de marche, certains franchiront peut-être cette frontière interdite au péril de leur vie pour fouler le sol de leur pays et surtout alerter le monde. Car cette marche a pour but d'attirer l'attention du monde sur le Tibet, son peuple, sa terre, au moment où les caméras seront de plus en plus braquées sur les JO (en août).
C'est mon premier billet sur le sujet. Ce ne sera pas le dernier. Il y a plus de 20 ans que cette injustice m'attriste et me révolte. Aujourd'hui (et demain) profitant moi aussi de ce prétexte des JO, je vais essayer de sensibiliser le plus de monde possible dans l'espoir que tous ensemble nous puissions faire pression sur nos politiques et nos Etats qui ont décidé de rester passifs face à ce drame parce qu'il y a de juteux contrats à signer avec la Chine...
"Merci beaucoup pour les Tibétains et les marcheurs qui ont des mois d'épreuves dures devant eux", termine Dechen. Pour preuve, la police indienne bloque déjà tant qu'elle peut leur progression (www.tibet.fr/site/institutions.php).
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